Hommage à Pierre Combes
Merci Pierre !

Le Centre de Géosciences rend hommage à Pierre Combes
décédé récemment et qui a œuvré avec nous de 1979 à 2006.
Sur la photo, avec un collègue éthiopien, Pierre finalise la mise en place d’un piézomètre d’observation de niveau d’eau souterrain.
Pierre Combes a rejoint en 1979 le Centre de Géosciences de l’Ecole des Mines de Paris à Fontainebleau, à la suite d’un parcours déjà bien rempli. En effet, dès la fin de ses études d’hydrogéologie à l’Université de Montpellier, Pierre avait mis en pratique sa formation comme coopérant, d’abord en Iran, puis à Alger à la Direction des Etudes de Milieu et de la Recherche Hydraulique. L’Ecole des Mines collaborait à l’époque avec cette administration ; c’est sans doute à cette occasion qu’il a eu connaissance des centres de recherche de cette école qu’il devait rejoindre et ne plus quitter.
Emmanuel Ledoux, son collègue le plus proche témoigne de cette période :
Le qualificatif d’ingénieur-chercheur résume à lui seul la carrière de Pierre.
Pierre était avant tout un ingénieur. Il lui fallait un objectif industriel ou sociétal pour être heureux et s’exprimer pleinement. Cela était parfaitement dans la ligne de la politique de l’Ecole des Mines qui était de promouvoir la recherche appliquée en liaison avec l’industrie. C’est ainsi que Pierre s’est forgé une solide expérience sur des sujets variés touchant aux sciences de l’eau.
La liste de ses centres d’intérêt est très longue, je donnerai quelques exemples parmi lesquels il s’est particulièrement illustré.
– L’étude des ressources en eau souterraine a été son cœur de métier d’hydrogéologue dès son arrivée à l’Ecole. Il a ainsi été présent dans de nombreux projets innovants en France et à l’étranger. Pierre a, par exemple, consacré plusieurs années aux grands projets de transfert d’eau entre bassins versants à l’île de la Réunion. Pierre a exercé son talent pour l’étude de l’alimentation en eau d’une nouvelle mine de cuivre au Chili. Il a fallu pour cela se transporter à près de 5000 m d’altitude, ce qui s’est révélé assez éprouvant pour des chercheurs habitués à vivre à 80 m (altitude de Fontainebleau). Ceci d’autant plus que le client n’a pas été satisfait des conclusions de l’étude qui prévoyait un tarissement de la ressource. L’exploitant minier a probablement jeté notre rapport au panier et a malgré tout développé son programme. L’avenir a montré que Pierre avait raison ; nous avons appris que le Ministère de l’Environnement chilien avait récemment exercé un recours à l’encontre de la compagnie minière pour atteinte à l’environnement, car les points d’eau où s’abreuvaient les vigognes, animaux emblématiques du lieu, s’étaient asséchés. Une des dernières contributions d’envergure de Pierre a été l’approvisionnement en eau d’Addis-Abeba en Ethiopie pour lequel il s’agissait de trouver les ressources supplémentaires nécessaires au développement de la ville dans un contexte d’aridité.
– Un autre domaine que Pierre a largement contribué à construire est l’hydrogéologie minière, malheureusement plus appliquée à la fermeture des mines qu’à leur ouverture, étant donné le contexte de l’industrie minière française de l’époque. On a ainsi vu Pierre en Lorraine et en Franche Comté conseiller les exploitants de sel gemme. La solubilité de cette roche était cause de questions hydrogéologiques épineuses sur lesquelles il a pu accumuler près de 25 années d’expertises. On a aussi vu Pierre intervenir sur les mines métalliques françaises de plomb, de zinc ou encore d’uranium. Avec l’appui de collègues géochimistes il a ainsi pu définir des protocoles de fermeture et de surveillance permettant de remédier aux impacts environnementaux. Ces questions sont encore largement d’actualité.
Pierre était aussi un chercheur toujours en quête d’innovation. Pour travailler, il avait besoin d’outils informatiques et il stimulait ses collègues, plus versés dans la théorie, pour en créer, en veillant à ce que les développements théoriques aient bien une finalité appliquée. Pierre fut ainsi un maillon incontesté du développement de l’hydrogéologie quantitative qui fut une des spécificités de l’Ecole des Mines.
Toutes ces riches activités, Pierre les a menées au sein d’une petite équipe, dans une ambiance chaleureuse qu’il a largement contribué à entretenir. Il était toujours d’une humeur sereine et disponible pour ses collègues. Son pragmatisme était une de ses qualités majeures reconnues par tous. Je l’ai entendu dire « lorsqu’il y a plusieurs solutions, il y en a une plus simple que les autres et c’est probablement la bonne ». Ce pragmatisme était assorti d’un humour pince-sans-rire, parfois redoutable. Il n’avait pas son pareil pour relever les aspects cocasses d’une situation et les traduire avec finesse.
Pour témoigner de ses qualités d’ingénieur de recherche, vous trouverez ci-dessous quelques publications. Merci Pierre !
LEDOUX E., HERTZ E., ROBINET J-C., COMBES P., 2022. Réflexions sur le rôle des mécanismes d’osmose chimique sur le comportement à long terme d’une cavité saline effondrée. Comptes Rendus Géoscience — Sciences de la Planète. Published online: 28 October 2022, https://doi.org/10.5802/crgeos.153
SCHMITT J.M., LEDOUX E., COMBES P., 2004, Qualité des eaux après fermeture des mines : remplissage initial, évolution transitoire, stabilisation à long terme et gestion environnementale, Revue Française de Géotechnique, N° 106-107, 1er et 2ème trimestre 2004, p.95-101.
LEDOUX E., COMBES P., SCHMITT J.M., 1999, Evaluation des impacts environnementaux, de la mesure au modèle, Les Techniques de l’Industrie Minérale, n°33, 3ème trimestre 1999, p. 35-45.
LEDOUX E., COMBES P., GOBLET P., 1996, Les outils mathématiques de la gestion des systèmes aquifères, La Houille Blanche, N°. 3.






